L’Inde durant la seconde vague de la pandémie en 2021

Le monde entier a été éprouvé par la pandémie de la Covid-19. Les conséquences aussi bien économiques que sociales sont dramatiques : des dizaines de millions de personnes sont aujourd’hui menacées de tomber sous le seuil de l’extrême pauvreté tandis que la malnutrition, qui affecte déjà 690 millions de personnes, pourrait en toucher 132 millions supplémentaires en 2021.

Après un pic estimé à 100 000 infections quotidiennes, le nombre de cas de Covid-19 a commencé à décroitre en Inde en septembre 2020. Cependant, la courbe s’est à nouveau inversée dès mars 2021. Le pays a assisté à un effondrement du système de santé pendant que le nombre de cas positifs explosait, pour atteindre 400 000 infections quotidiennes en date du 8 mai 2021. Il n’y avait plus de lits disponibles dans les hôpitaux et il était très difficile voire impossible de se procurer les médicaments et le matériel médical nécessaires. Les hôpitaux de Mumbai et de Delhi ont aussi été à court d’oxygène.

Bien que la situation semble aujourd’hui s'être relativement stabilisée aujourd’hui, l’Inde fait partie des pays les plus durement touchés par la pandémie. Celle-ci a principalement affecté les personnes issues des classes moyennes et défavorisées de la societé indienne.

L'impact sur la santé psychologique et sociale des enfants

La pandémie a contraint les enfants à rester confinés chez eux, impactant directement leur santé mentale et leur équilibre social. Malheureusement, on peut d’ores et déjà prévoir des effets néfastes à long terme sur leur développement cognitif.

En effet, les enfants ayant accès à internet ont pu bénéficier de cours en ligne, et ont passé la majeure partie du temps devant leurs écrans. Ceux qui n’avaient pas accès à Internet, ni à d’autres formes de loisirs, ont vécu cet isolement avec beaucoup de difficultés. Il est aussi à noter que la connexion sur les plateformes d’apprentissage en ligne a accru l’exposition des enfants à des contenus inappropriés.

L’impact sur l’éducation

Afin d’éviter les contaminations, les écoles et universités ont fermé leurs portes et mis en place un enseignement à distance. Seulement, selon un récent rapport de l’UNICEF, un enfant sur quatre en Inde ne disposait ni de matériel numérique ni de connexion internet avant la pandémie, selon un récent rapport de l’UNICEF. Sachant que la situation sanitaire a conduit à la fermeture d’1,5 millions d’écoles en 2020, la scolarité de 247 millions d’élèves de primaire au secondaire a été impactée. Le rapport indique également que 6 millions d’enfants ne se rendaient déjà pas à l’école avant le début de la crise de la Covid-19. En outre, lors d’une enquête menée à Delhi auprès de parents d'enfants âgés de cinq à quinze ans, 54 % d’entre eux ont affirmé que leurs enfants passaient en moyenne cinq heures de plus par jour sur leurs smartphones et leurs ordinateurs – un constat qui inquiète 84 % des parents.

Une note d'information du Forum sur le droit à l'éducation, publiée en janvier, présente des statistiques plus alarmantes encore. Elle rapporte notamment que dix millions de filles en Inde pourraient abandonner l'école secondaire à cause de la pandémie.

Dans un pays où seulement 47% des ménages ont accès à internet, l’éducation s’est arrêtée pour la plupart des enfants. De manière générale, il est démontré que les enfants déscolarisés sur une longue période -notamment les filles- ont de fortes chances de ne pas retourner sur les bancs de l’école. Par exemple, en Inde, en raison de la crise, beaucoup de familles sont rentrées dans leur village natal. Certains enfants y resteront définitivement pour effectuer des tâches agricoles et aider leur famille. La fermeture des écoles a également affecté les élèves en les privant de leur unique repas de la journée fourni par le gouvernement.

Une enquête de Save the Children, menée en juin de l'année dernière auprès de 7 235 familles dans 15 États indiens, a révélé que 62 % d’entre elles n’ont plus envoyé leurs enfants à l’école en raison de la pandémie. L'enquête a également révélé que 40 % des enfants ne bénéficiaient plus du repas de midi, et que huit ménages sur dix signalaient une perte de revenus.

La protection de l’enfance est une urgence, encore plus que jamais : travail forcé, mariage précoce, violence et exploitation

La pandémie a mis en danger la protection et les droits de l'enfant comme jamais auparavant. Si la courbe des nouvelles infections est en passe de s'infléchir, elle a fait payer un lourd tribut aux plus vulnérables, les enfants. Selon les chiffres communiqués par la Commission nationale pour la protection des droits de l'enfant en Inde, 3 621 enfants sont devenus orphelins et 274 ont été abandonnés entre le 1er avril 2021 et le 5 juin 2021. Beaucoup d'entre eux n'ont même pas de parents proches ni de famille disposée à les accueillir.

Les enfants dont les parents ont été hospitalisés ou sont décédés à cause du virus sont davantage exposés au trafic et à toutes formes d’exploitation. N'ayant pas d’autres options pour survivre, ils finissent par être exploités pour gagner un peu d'argent. Selon un rapport publié en 2019 par le Comité de Jena sur les institutions de protection de l'enfance en Inde, on comptait au moins 180 000 enfants institutionnalisés, tous issus de milieux très défavorisés en 2016-2017 à travers l'Inde.

En 2020, au moins 92 203 interventions ont été effectuées par CHILDLINE, l'agence de référence du Ministère pour la promotion de la femme et de l'enfant, pour protéger les enfants en détresse pendant le confinement. Sur ce total, 5584 interventions (près de 35 %) concernaient le mariage des enfants, une pratique en forte hausse depuis le début de la pandémie. Par ailleurs, le nombre des enfants forcés à travailler croit également toujours de manière exponentielle. Etant donné que beaucoup d’hommes et de femmes issus de milieux défavorisés ont perdu leur emploi, leurs enfants sont contraints de travailler. Ces derniers sont des proies faciles et sont largement exploités puisqu’ils n’ont pas d’autre choix que d’accepter une rémunération plus faible. Une enquête intitulée « COVID-19 : Reversing the Situation of Child Labour » (Inverser la situation du travail des enfants) a démontré que, durant la pandémie, le travail des enfants avait augmenté d’environ 280 % au sein des communautés les plus vulnérables.

L’Impact sur le secteur de la protection de l'enfance

Les institutions de protection de l'enfance offrent un espace sûr, répondant aux besoins fondamentaux des enfants. Malheureusement, le confinement a empêché leur bon fonctionnement. Selon The Times of India (2020) leur approvisionnement en denrées essentielles, en médicaments et en matériel éducatif a été très affecté. De plus, de nombreux foyers de protection de l’enfance ont dû faire face à des difficultés financières car la majorité des donateurs ont orienté leur soutien vers les projets de santé directement liés à la gestion du Covid-19. Ainsi, les programmes de protection de l’enfance sont aujourd’hui très préoccupés par leur viabilité à long terme.

Le confinement a conduit de nombreuses organisations à se tourner vers le travail à distance. Faute de formation adaptée, de matériel numérique de qualité et de fonds suffisants, certaines ont dû suspendre leurs activités voire fermer définitivement leurs portes. En raison du confinement et du manque de personnel, les organisations ont dû demander à leur personnel de résider dans les programmes pour effectuer un roulement à la semaine, et dans certains cas le personnel a vécu sur place pendant plusieurs mois. Cela a entraîné une très grande charge de travail supplémentaire, ainsi que plus de stress et de pression sur le personnel. Le Ministère pour la promotion de la femme et de l’enfant relève quant à lui que 53,6 % de ces centres d’accueil ne disposaient pas d’assez de personnel soignant. De surcroit, nombre de ces travailleurs sociaux ont dû quitter leur emploi, par crainte d’être infectés par le virus.

L’appel à l'action

L'apparition soudaine de la pandémie a eu un impact dévastateur sur la vie de chacun, et pour certains, la pandémie a causé des séquelles à vie. Beaucoup ont perdu leur famille, leur emploi et ont été contraints de vivre sans nourriture pendant des jours. Cet article vise à rappeler la gravité de la situation en Inde, et montrer à quel point ces temps incertains provoquent anxiété, peurs et traumatismes, en particulier auprès des enfants.

Les familles bénéficiaires de TARA Outreach Centre, et les familles des enfants placés dans nos maisons, sont directement touchés par tous les risques évoqués dans l’article. Le personnel et les enfants des maisons ont également été infectés par le virus en avril 2021. Grâce au travail formidable et solidaire des équipes, au soutien financier et moral de ses donateurs, entreprises, fondations TARA a pu surmonter cette épreuve. Néanmoins, TARA a aujourd’hui besoin de votre aide pour continuer ses actions et ses missions. Nous lançons un grand appel à la générosité pour nous aider à protéger les enfants vulnérables et leur offrir un avenir digne.

Publié le 20.10.2021